Les Trois Montagnes

 

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33. Le Dragon des Ténèbres

Je pensais qu’après les noces chimiques avec mon âme spirituelle, j’entrerais de plain-pied dans une lune de miel paradisiaque ; j’étais loin de soupçonner que parmi les retraites submergées du subconscient humain se cachait le sinistre et ténébreux Mara de l’Évangile bouddhiste, le fameux dragon des ténèbres cité dans l’Apocalypse de Saint-Jean, le père des trois traîtres.

Gigantesque monstre abyssal aux sept têtes infrahumaines, personnifiant toujours les sept Péchés capitaux : colère, convoitise, luxure, envie, orgueil, paresse et gourmandise.

Et la grande bête rugit épouvantablement comme rugirait un lion et les puissances des ténèbres frémirent d’horreur.

C’est seulement avec l’électricité sexuelle transcendante en pleine Magie sexuelle qu’il est possible de réduire en poussière cosmique cette horripilante engeance abyssale !

Heureusement, je sus profiter au maximum du Coïtus Reservatus pour faire ma supplique à Devi Kundalini, le Serpent igné de nos pouvoirs magiques.

Le monstre empoigne de la main gauche la redoutable lance, trois fois il tente en vain de me frapper, il jette désespérément contre moi la lourde pique ; ma Divine Mère Kundalini intervient à ce moment ; elle s’empare de la singulière relique et en blesse mortellement le dragon rouge.

Mara, l’horripilante bête infernale perd alors sa stature gigantesque, se rapetisse peu à peu, se réduit à un point mathématique et disparaît pour toujours de l’antre ténébreux.

Puis, cette fraction de ma conscience qui était auparavant absorbée dans le monstre abominable revient, retourne à moi.

Terribles sont les secrets du vieil abîme, océan obscur et sans limites, où la nuit primitive et le Chaos, ancêtres de la nature, maintiennent une perpétuelle anarchie au milieu de la rumeur de guerres éternelles, se soutenant à l’aide de la confusion.

La chaleur, le froid, l’humidité, la sécheresse, quatre champions terribles se disputent ici la suprématie et conduisent au combat leurs embryons d’atomes, qui, se groupant autour de la bannière de leurs légions et réunis en différentes tribus, armés légèrement ou pesamment, pointus, ronds, rapides ou lents, fourmillent, aussi innombrables que les sables du Barca ou ceux de la plage ardente de Cyrène, entraînés pour prendre part à la lutte des vents et pour lester leurs ailes rapides.

L’atome auquel s’agglutinent le plus grand nombre d’atomes domine pour un moment ; le chaos gouverne en tant qu’arbitre et ses décisions viennent augmenter chaque fois plus le désordre grâce auquel il règne ; après lui, il est ostensible que dans ces mondes infernaux le Chaos dirige tout.

Devant cet abîme sauvage, berceau et sépulcre de la nature, devant cet antre qui n’est ni mer ni terre, ni air ni feu, mais qui est formé de tous ces éléments qui, mêlés confusément dans leurs causes fécondes doivent toujours combattre de la même façon, à moins que le Démiurge créateur ne dispose de leurs noirs matériaux pour former de nouveaux mondes, devant ce barbare Tartare, le Dragon des Ténèbres exhala son dernier souffle.

Il est facile de descendre dans les mondes infernaux, mais il l’est moins d’en revenir. Ici est le dur travail ! ici la difficile épreuve !

Quelques héros sublimes, peu en vérité, ont réussi le retour triomphal. Des forêts impénétrables séparent l’Averne du monde de la Lumière et les eaux du terne fleuve Cocyte tracent dans cette pénombre des replis labyrinthiques dont la seule image effraie.

 

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