La Grande Rébellion

 

Chapitre précédent
Chapitre suivant

 

6. Concept et Réalité

Qui ou quoi peut garantir que le concept et la réalité soient absolument égaux ?

Le concept est une chose et la réalité en est une autre, et il existe une tendance à surestimer nos propres concepts.

Il est quasi impossible que la réalité soit égale au concept : néanmoins, le mental, hypnotisé par son propre concept, suppose toujours que celui-ci et la réalité sont équivalents.

À un processus psychologique quelconque, correctement structuré au moyen d’une logique exacte, s’en oppose un autre différent, rigoureusement formulé à l’aide d’une logique semblable ou supérieure. Et alors ?

Deux intellects sévèrement disciplinés et encadrés par de fermes structures intellectuelles, polémiquant entre eux, discutant sur une réalité quelconque, croient chacun en l’exactitude de leur propre concept et en la fausseté du concept d’autrui ; mais lequel d’entre eux a raison ? Qui pourrait honnêtement être garant de l’une ou l’autre assertion ? Chez qui concept et réalité sont-ils identiques ?

Incontestablement, chaque tête est un monde et au-dedans de tous et chacun de nous existe une espèce de dogmatisme tranchant et dictatorial qui veut nous faire croire en l’égalité absolue de concept et réalité.

Si fortes que soient les structures d’un raisonnement, personne ne peut garantir l’équivalence absolue du concept et de la réalité.

Ceux qui sont eux-mêmes enfermés dans un procédé quelconque de logistique intellectuelle veulent toujours faire coïncider la réalité des phénomènes avec les concepts élaborés. Et cela n’est rien de plus que le résultat de l’hallucination du raisonnement.

S’ouvrir au nouveau, c’est la facilité difficile des classiques ; malheureusement les gens veulent découvrir, voir dans tout phénomène naturel, leurs propres préjugés, concepts, préconceptions, opinions et théories. Personne ne sait être réceptif, voir le nouveau avec un mental propre et spontané.

Le mieux serait que les phénomènes parlent au savant ; malheureusement les savants de nos jours ne savent pas voir les phénomènes, ils veulent y voir seulement la confirmation de toutes leurs idées préconçues.

Bien que cela semble incroyable, les scientifiques modernes ne savent rien sur les phénomènes naturels.

Quand, dans les phénomènes naturels, nous voyons seulement nos propres concepts, nous ne voyons certainement pas les phénomènes, mais les concepts.

Cependant, les sots scientifiques, hallucinés par leur fascinant intellect, croient de manière stupide que chacun de leurs concepts est absolument pareil à tel ou tel phénomène observé, alors que la réalité est différente.

Nous ne nions pas que nos affirmations soient rejetées par quiconque s’est enfermé dans quelque procédé logistique ; indubitablement la condition dictatoriale et dogmatique de l’intellect ne pourrait en aucune façon accepter que tel ou tel concept correctement élaboré ne coïncide pas exactement avec la réalité.

Dès que le mental observe à travers les sens quelque phénomène, il s’empresse aussitôt de l’étiqueter avec un terme scientifique qui, à la manière d’un cataplasme, ne sert incontestablement qu’à dissimuler sa propre ignorance.

Le mental ne sait vraiment pas être réceptif au nouveau, mais il sait inventer des termes très compliqués avec lesquels il prétend qualifier d’une manière autotrompeuse ce qu’il ignore absolument.

En parlant cette fois-ci à la manière de Socrate, nous dirons que le mental non seulement ignore, mais en plus il ne sait pas qu’il ignore.

Le mental moderne est terriblement superficiel, il s’est spécialisé dans l’invention de termes très savants pour cacher sa propre ignorance.

Il existe deux sortes de science : la première n’est plus que cette pourriture de théories subjectives qui abondent partout. La seconde, c’est la science pure des grands illuminés, la Science Objective de l’Être.

Il ne serait indubitablement pas possible de pénétrer dans l’amphithéâtre de la science cosmique si avant nous n’étions pas morts en nous-mêmes.

Il nous faut désintégrer tous ces éléments indésirables que nous charrions en nous-mêmes et dont l’ensemble constitue le soi-même, le Moi de la Psychologie.

Tant que la conscience superlative de l’Être continuera à être embouteillée dans le moi-même, dans mes propres concepts et théories subjectives, il sera absolument impossible de connaître directement la réalité crue des phénomènes naturels en eux-mêmes.

La clé du laboratoire de la nature est dans la main droite de l’Ange de la mort.

Nous pouvons apprendre très peu du phénomène de la naissance, mais de la mort nous pourrons tout apprendre.

Le temple inviolé de la Science Pure se trouve au fond de la noire sépulture.

Si le grain ne meurt, la plante ne naît pas. C’est seulement avec la mort qu’advient le nouveau.

Lorsque l’Ego meurt, la conscience s’éveille pour voir la réalité de tous les phénomènes de la nature, tels qu’ils sont en eux-mêmes et par eux-mêmes.

La conscience connaît ce qu’elle éprouve directement par elle-même lorsqu’elle expérimente la réalité crue de la vie au-delà du corps, des affects et du mental.

 

Chapitre précédent
Chapitre suivant