L’Éducation Fondamentale

 

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4. La Discipline

Dans les écoles, les collèges et les universités, les professeurs accordent une très grande importance à la discipline, et nous allons à présent étudier attentivement cette question.

Tous ceux qui sont passés par les écoles, collèges et universités savent très bien ce que sont la discipline, les règlements, la férule, les réprimandes, etc.

Imposer la discipline, c’est ce que l’on pourrait appeler : cultiver la résistance. Cela enchante les maîtres d’école de cultiver la résistance.

On nous enseigne à résister, à ériger une chose contre une autre. On nous enseigne à résister aux tentations de la chair et nous nous flagellons et nous faisons pénitence pour résister.

On nous enseigne à résister à la tentation de la paresse, à la tentation de ne pas étudier, de ne pas aller à l’école, de jouer, de rire, de nous moquer des maîtres, de violer les règlements, etc.

Les enseignants nourrissent la conception erronée que par le moyen de la discipline nous pouvons comprendre la nécessité de respecter l’ordre établi de l’école, la nécessité d’étudier, de garder une bonne tenue devant les maîtres, de bien nous comporter avec nos condisciples.

Il existe chez la plupart des gens la fausse conception que plus nous résistons, plus nous refoulons, et plus nous devenons compréhensifs, libres, complets, victorieux.

Les gens ne veulent pas se rendre compte que plus nous luttons contre quelque chose, plus nous résistons à cette chose, plus nous la refoulons, moindre alors est la compréhension.

Si nous luttons contre le vice de la boisson, celui-ci disparaîtra pour un temps, mais comme nous ne l’avons pas compris à fond dans tous les niveaux du mental, il reviendra à la charge lorsque nous aurons relâché la garde et nous boirons en une seule fois comme jamais nous n’avons bu.

Si nous refoulons le vice de la fornication, nous serons pour un temps très chastes en apparence (bien que dans les niveaux plus profonds du mental nous soyons encore d’épouvantables satyres comme le peuvent démontrer les songes érotiques et les pollutions nocturnes), mais nous reviendrons plus tard avec plus de force à nos anciennes coutumes de fornicateurs invétérés à cause du fait concret que nous n’avons pas compris à fond ce qu’est la fornication.

Nombreux sont ceux qui refoulent la convoitise, ceux qui luttent contre elle, ceux qui se disciplinent contre elle en suivant des normes de conduite précises, mais comme ils n’ont pas vraiment compris tout le processus de la convoitise, au fond ils convoitent de ne pas être convoiteurs.

Nombreux aussi ceux qui se disciplinent contre la colère, ceux qui apprennent à lui résister, mais elle continue à exister dans les autres niveaux du mental subconscient, bien qu’en apparence elle ait disparu de notre caractère, et au moindre relâchement de notre attention, le subconscient nous trahit et alors nous tonnons et nous lançons des éclairs de colère au moment où nous nous y attendons le moins et souvent pour quelque motif sans la moindre importance.

Nombreux sont ceux qui se disciplinent contre les crises de jalousie, et qui croient fermement les avoir définitivement éliminées, mais comme ils ne les ont pas comprises, il est clair qu’elles réapparaissent sur la scène au moment précis où nous les croyions bel et bien mortes.

C’est seulement quand il y a absence totale de discipline, quand il y a liberté authentique, que surgit dans le mental la flamme ardente de la compréhension.

La liberté créatrice ne pourra jamais exister dans une armature. Nous avons besoin de liberté pour comprendre nos défauts psychologiques de façon intégrale.

Il nous faut de toute urgence renverser les murs et briser nos fers afin d’être libres.

Nous devons expérimenter par nous-mêmes tout ce que nos maîtres à l’école, et nos parents, nous ont dit être bon et utile. Il ne suffit pas d’apprendre par cœur et imiter. Il nous faut comprendre.

Les professeurs doivent diriger tous leurs efforts vers la conscience des élèves. Ils doivent s’efforcer d’introduire leurs élèves sur le chemin de la compréhension.

Il n’est pas suffisant de dire aux étudiants qu’ils doivent être ceci ou cela, il est nécessaire que ceux-ci apprennent à être libres pour qu’ils puissent examiner, étudier, analyser par eux-mêmes toutes les valeurs, toutes les choses que les gens ont dit être bénéfiques, utiles, nobles, au lieu de tout simplement les accepter et les copier.

Les gens n’aiment pas découvrir par eux-mêmes, ils ont un mental fermé, stupide, un mental qui ne veut pas faire de recherche, un mental mécanique qui jamais ne va enquêter et qui imite seulement.

Il est nécessaire, il est urgent, il est indispensable que les élèves, dès leur plus tendre enfance et jusqu’au moment où ils abandonneront leurs classes, jouissent d’une véritable liberté pour qu’ils découvrent par eux-mêmes, s’enquièrent et comprennent, et pour qu’ils ne soient pas limités par les murs abjects des interdictions, des reproches et de la discipline.

Si l’on dit sans cesse aux étudiants ce qu’ils doivent et ne doivent pas faire, et si l’on ne leur permet pas de comprendre et d’expérimenter, où donc sera alors leur intelligence ? Quelle opportunité offre-t-on à leur intelligence ?

À quoi sert, dans ces conditions, de passer des examens, d’être bien vêtu, d’avoir beaucoup d’amis, si nous ne sommes pas intelligents ?

L’intelligence ne vient à nous que lorsque nous sommes vraiment libres d’investiguer par nous-mêmes, de comprendre, d’analyser de façon autonome, sans la crainte d’une réprimande et sans la férule de la discipline.

Les étudiants craintifs, effrayés, soumis à de terribles disciplines, ne pourront jamais savoir ; ils ne pourront jamais être intelligents.

De nos jours, l’unique chose qui intéresse les parents et les professeurs, c’est que les jeunes aient une carrière, qu’ils deviennent médecins, avocats, ingénieurs, employés de bureau, c’est-à-dire des automates vivants qui ensuite se marient et se convertissent en machines à faire des petits, et c’est tout.

Lorsque les garçons et les filles veulent faire quelque chose de nouveau, quelque chose de différent, lorsqu’ils ressentent le besoin de se dégager de cette armature de préjugés, d’habitudes ancestrales, de discipline, de traditions familiales ou nationales, les parents alors resserrent les fers de leur prison et disent à ces jeunes gens : Ne fais pas ça ! Nous ne sommes pas du tout prêts à t’appuyer en ce qui concerne cette chose, c’est de la folie, etc.

En somme, le garçon ou la jeune fille se trouvent détenus en bonne et due forme dans la prison des disciplines, des traditions, des coutumes désuètes et des idées décrépites.

L’Éducation Fondamentale enseigne à concilier l’ordre avec la liberté.

L’ordre sans liberté est tyrannie. La liberté sans ordre est anarchie. La liberté et l’ordre sagement combinés constituent la base de l’Éducation Fondamentale.

Les élèves doivent jouir d’une parfaite liberté pour être en mesure de s’enquérir, de rechercher par eux-mêmes la vérité, de découvrir réellement et en toute certitude ce qu’ils sont eux-mêmes et ce qu’ils peuvent faire dans la vie.

Les étudiants, les soldats et les policiers, et en général toutes ces personnes qui doivent vivre soumises à une discipline rigoureuse, deviennent d’ordinaire cruelles, insensibles à la douleur humaine, impitoyables.

La discipline détruit la sensibilité humaine et ceci est une chose amplement vérifiée par l’observation et l’expérience.

Il y a tant de discipline et de règlements à notre époque, que les gens ont perdu toute sensibilité et sont devenus cruels et sans pitié.

Pour être vraiment libres, il nous faut être très sensibles et humains.

Dans les écoles, les collèges et les universités, on enseigne aux étudiants à prêter attention dans la classe, et les élèves prêtent attention pour éviter qu’on les gronde, leur tire les oreilles, les frappe avec la férule ou la règle, mais on ne leur enseigne malheureusement pas ce qu’est l’attention consciente.

À cause de la discipline, l’étudiant s’efforce de prêter attention et gaspille son énergie créatrice de façon souvent inutile.

L’énergie créatrice est le type le plus subtil de force fabriqué par la machine organique.

Nous mangeons et nous buvons, et tous les processus de la digestion sont au fond des processus de subtilisation par lequel les matières grossières sont converties en matières et en forces utiles.

L’énergie créatrice est le type de matière et de force le plus subtil qui soit élaboré par l’organisme.

Si nous savions prêter une attention consciente, nous pourrions épargner notre énergie créatrice. Malheureusement, les maîtres n’enseignent pas à leurs disciples ce qu’est l’attention consciente.

En éparpillant partout notre attention, nous gaspillons notre énergie créatrice. Nous pourrons épargner notre énergie si nous divisons notre attention, si nous ne nous identifions pas avec les choses, avec les personnes, avec les idées.

Lorsque nous nous identifions avec les personnes, les choses et les idées, nous nous oublions nous-mêmes et nous perdons alors notre énergie créatrice de la façon la plus pitoyable.

Il est indispensable de savoir qu’il nous faut épargner notre énergie créatrice afin d’éveiller notre conscience, car l’énergie créatrice est le potentiel vivant, le véhicule de la conscience, l’instrument pour éveiller la conscience.

Lorsque nous apprendrons à ne pas nous oublier nous-mêmes, lorsque nous apprendrons à diviser l’attention en sujet, objet et lieu, nous épargnerons notre énergie créatrice afin d’éveiller notre conscience.

Il est nécessaire d’apprendre à manœuvrer l’attention pour éveiller la conscience, mais les étudiants ne connaissent rien de tout ceci car leurs maîtres ne le leur ont pas enseigné.

Lorsque nous apprenons à utiliser consciemment l’attention, la discipline s’avère alors superflue.

L’étudiant ou l’étudiante attentif à ses cours, à ses leçons, à l’ordre, n’a besoin d’aucune espèce de discipline.

Il est urgent que les maîtres comprennent la nécessité de concilier intelligemment la liberté et l’ordre et ceci n’est possible qu’au moyen de l’attention consciente.

L’attention consciente exclut ce que l’on appelle l’identification. Lorsque nous nous identifions avec les personnes, les choses et les idées, la fascination vient et celle-ci endort la conscience.

Il faut savoir porter attention sans identification. Quand nous prêtons attention à quelque chose ou à quelqu’un et que nous nous oublions nous-mêmes, le résultat c’est la fascination et le sommeil de la conscience.

Observez soigneusement un spectateur au cinéma. Il se trouve endormi, il ignore tout, il s’ignore lui-même, il est vide, il semble un somnambule, il rêve avec le film qu’il est en train de regarder, avec le héros du film.

Les élèves doivent dans la classe prêter attention, mais sans s’oublier eux-mêmes, afin de ne pas tomber dans l’épouvantable sommeil de la conscience.

L’élève doit se regarder lui-même en action, lorsqu’il prépare ou passe un examen, ou lorsque le maître l’envoie au tableau, ou lorsqu’il étudie, se repose, ou s’amuse avec ses camarades.

L’attention divisée en trois parties, sujet, objet, lieu, est en fait une attention consciente.

Quand nous ne commettons pas l’erreur de nous identifier avec les personnes, les choses, les idées, etc., nous épargnons notre énergie créatrice et nous précipitons en nous l’éveil de la conscience.

Celui qui veut éveiller sa conscience dans les mondes supérieurs, doit commencer par s’éveiller ici et maintenant.

Lorsque l’étudiant commet l’erreur de s’identifier avec les personnes, les choses et les idées, lorsqu’il commet la faute de s’oublier lui-même, il tombe alors dans la fascination et le sommeil.

La discipline n’enseigne pas aux étudiants à prêter une attention consciente. La discipline est une véritable prison pour le mental.

Les élèves doivent apprendre dès les bancs de l’école à manier l’attention consciente afin que plus tard, dans la vie pratique, une fois en dehors de l’école, ils ne commettent pas l’erreur de s’oublier eux-mêmes.

L’homme qui s’oublie lui-même devant quelqu’un qui l’injurie, s’identifie avec celui-ci, se fascine, sombre dans le sommeil de l’inconscience et alors frappe ou tue, et finit en prison, inévitablement.

Celui qui ne se laisse pas fasciner, celui qui ne s’identifie pas avec l’insulteur, celui qui ne s’oublie pas lui-même, celui qui sait prêter une attention consciente, serait incapable d’accorder quelque valeur aux paroles de l’insulteur, ou de le frapper ou le tuer.

Toutes les erreurs que l’être humain commet dans sa vie sont dues au fait qu’il s’oublie lui-même, s’identifie, se fascine et tombe dans le sommeil.

Il vaudrait beaucoup mieux pour la jeunesse, pour tous les étudiants, qu’on leur enseigne l’éveil de la conscience au lieu de les asservir avec toute cette absurde discipline.

 

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