L’Éducation Fondamentale

 

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3. Les Autorités

Le gouvernement possède une autorité, l’état possède une autorité, la police, la loi, le soldat, les pères de famille, les professeurs, les guides religieux possèdent une autorité.

Il existe deux types d’autorité.

Primo, l’autorité subconsciente.

Secundo, l’autorité consciente.

Les autorités inconscientes ou subconscientes ne servent à rien. Nous avons besoin de toute urgence d’autorités autoconscientes.

Les autorités inconscientes ou subconscientes ont rempli le monde de larmes et de douleur.

Au foyer et à l’école, les autorités inconscientes abusent de l’autorité par le fait même qu’elles sont inconscientes ou subconscientes.

Les parents et les professeurs inconscients, dans le moment présent, sont seulement des aveugles et guides d’aveugles et, comme disent les Saintes Écritures, ils se précipiteront tous, la tête la première, dans l’abîme.

Les parents et les maîtres inconscients nous obligent durant l’enfance à faire des choses absurdes mais qu’ils considèrent logiques. Ils disent que c’est pour notre bien.

Les parents sont des autorités inconscientes comme le démontre le fait de traiter leurs enfants comme des ordures, alors qu’eux-mêmes se considèrent comme des êtres supérieurs à l’espèce humaine.

Les maîtres détestent certains élèves alors qu’ils en chouchoutent et cajolent d’autres ; ils punissent parfois sévèrement quelque étudiant qu’ils haïssent, même si ce dernier n’est pas malfaisant, et récompensent par des notes magnifiques beaucoup d’élèves choyés qui ne le méritent pas vraiment.

Parents et professeurs édictent des normes erronées aux enfants, aux jeunes gens et aux jeunes filles.

Les autorités qui n’ont pas d’autoconscience ne peuvent faire que des choses absurdes.

Nous avons besoin d’autorités autoconscientes. Par autoconscience, on doit entendre la connaissance intégrale de soi-même, la connaissance totale de toutes nos valeurs intérieures.

Seul celui qui possède vraiment une pleine connaissance de lui-même est éveillé de façon intégrale ; c’est cela être autoconscient.

Tout le monde croit se connaître soi-même, mais il est très difficile de trouver, dans la vie, quelqu’un qui se connaît réellement lui-même. Les gens ont sur eux-mêmes des conceptions complètement erronées.

Se connaître soi-même requiert de grands et terribles efforts intimes. Ce n’est que par le moyen de la connaissance de soi-même que l’on parvient véritablement à l’autoconscience.

L’abus de l’autorité est dû à l’inconscience. Jamais aucune autorité autoconsciente n’irait jusqu’à l’abus de l’autorité.

Certains philosophes se dressent contre toute autorité, ils détestent les autorités. Pareille façon de penser est fausse parce que dans tout le créé, du microbe jusqu’au soleil, existent des échelons et des échelons, des degrés et des degrés, des forces supérieures qui contrôlent et dirigent et des forces inférieures qui sont contrôlées et dirigées.

Dans une ruche, c’est la reine qui représente l’autorité. Dans n’importe quelle fourmilière il y a aussi une autorité et des lois. La destruction du principe d’autorité conduirait à l’anarchie.

Les autorités de cette époque critique dans laquelle nous vivons sont inconscientes et il est clair que c’est à cause de ce fait psychologique qu’elles asservissent, enchaînent, abusent, font du mal, font souffrir.

Nous avons besoin de professeurs, d’instructeurs ou de guides spirituels, d’autorités gouvernementales, de parents, pleinement autoconscients. C’est ainsi seulement que nous pourrons vraiment faire un monde meilleur.

Il est stupide de dire que nous n’avons pas besoin de maîtres et de guides spirituels.

Il est absurde de méconnaître le principe d’autorité dans toute la création.

Ceux qui sont autosuffisants, orgueilleux, opinent que les maîtres et les guides spirituels ne sont pas nécessaires.

Nous devons reconnaître notre propre néant, notre propre misère. Nous devons comprendre que nous avons besoin d’autorités, de maîtres, d’instructeurs spirituels, mais autoconscients afin qu’ils puissent nous diriger, nous aider et nous guider sagement.

L’autorité inconsciente des professeurs détruit le pouvoir créateur des élèves. Si l’élève est sur le point de peindre, le maître inconscient lui dit ce qu’il doit peindre, l’arbre ou le paysage qu’il doit copier, et l’élève terrorisé n’ose pas sortir des normes mécaniques du maître.

Cela n’est pas créer. Il est nécessaire que l’étudiant devienne créateur. Qu’il soit capable de sortir des normes inconscientes édictées par le maître inconscient, afin qu’il puisse transmettre tout ce qu’il sent par rapport à l’arbre, tout l’enchantement de la vie qui circule dans les feuilles tremblantes de l’arbre, toute la profonde signification de l’arbre.

Un maître conscient ne s’opposerait pas à la créativité libératrice de l’esprit.

Les maîtres avec une autorité consciente jamais ne mutileraient le mental de leurs élèves.

Les maîtres inconscients détruisent avec leur autorité le mental et l’intelligence des étudiants.

Les maîtres avec une autorité inconsciente ne savent que punir et édicter des normes stupides pour le « bien » de leurs élèves.

Les maîtres autoconscients enseignent avec une suprême patience, en aidant leurs élèves à comprendre leurs difficultés individuelles, afin que, ayant compris, ils puissent transcender toutes leurs erreurs et avancer victorieusement.

L’autorité consciente ou autoconsciente jamais ne pourrait détruire l’intelligence.

L’autorité inconsciente détruit l’intelligence et cause de graves dommages aux élèves.

L’intelligence ne nous advient que lorsque nous jouissons d’une véritable liberté, et les maîtres avec une autorité autoconsciente savent en vérité respecter la liberté créatrice.

Les maîtres inconscients croient tout savoir et ils écrasent la liberté des étudiants en leur castrant l’intelligence avec leurs normes sans vie.

Les maîtres autoconscients savent qu’ils ne savent pas et ils s’offrent même le luxe d’apprendre en observant les capacités créatrices de leurs disciples.

Il est nécessaire que les étudiants des écoles, des collèges et des universités passent de la simple condition d’automates disciplinés à la brillante position d’êtres intelligents et libres pour qu’ils puissent faire face avec succès à toutes les difficultés de l’existence.

Cela requiert des maîtres autoconscients, compétents, qui s’intéressent réellement à leurs disciples, des maîtres qui soient bien payés pour qu’ils n’aient aucune espèce d’angoisse monétaire.

Malheureusement, tout maître, tout père de famille, tout élève, se croit lui-même autoconscient, éveillé, et c’est sa plus grande erreur.

Il est très rare de rencontrer dans la vie une personne autoconsciente et éveillée.

Les gens rêvent lorsque le corps dort et ils rêvent quand le corps est éveillé.

Les gens conduisent leur automobile en rêvant ; ils travaillent en rêvant ; marchent dans la rue en rêvant ; à toute heure, ils vivent en rêvant.

Il est tout à fait normal qu’un professeur oublie son parapluie quelque part, ou qu’il laisse par mégarde un livre ou sa serviette dans son automobile. Tout ceci n’arrive que parce que ce professeur a la conscience endormie, qu’il rêve.

Il est très difficile pour les gens d’admettre qu’ils sont endormis, tout le monde se croit soi-même éveillé. Si quelqu’un acceptait qu’il a sa conscience endormie, il est clair qu’il commencerait, à partir de cet instant, à s’éveiller.

L’élève oublie à la maison le livre ou le cahier qu’il devait apporter à l’école, ce genre d’oubli semble très normal, et il l’est effectivement, mais cela indique, signale, l’état de sommeil dans lequel se trouve la conscience humaine.

Il arrive souvent que les passagers d’un service de transport urbain dépassent la rue où ils devaient descendre : ils étaient endormis et lorsqu’ils se réveillent, ils finissent par se rendre compte qu’ils ont dépassé la rue et qu’il leur faudra maintenant rebrousser chemin et marcher quelques rues.

Dans la vie, il est très rare que l’être humain soit éveillé réellement, et lorsqu’il l’est, ne serait-ce qu’un instant, comme cela se produit parfois lors d’une grande terreur, il se voit lui-même, l’espace d’un moment, de façon intégrale. Ces moments sont inoubliables.

L’homme qui retourne chez lui après avoir parcouru toute la ville, se rappelle très difficilement toutes ses pensées, tous les incidents, toutes les personnes, les choses, les idées, etc. S’il essaie de se souvenir de tout, minutieusement, il trouvera dans sa mémoire de grandes lacunes qui correspondent précisément aux états de sommeil plus profond.

Certains étudiants en psychologie se sont proposés de vivre alertes d’instant en instant, mais tout d’un coup ils s’endorment, peut-être en rencontrant un ami dans la rue, ou en entrant dans un magasin pour acheter quelque chose, et quand, des heures plus tard, ils se rappellent leur décision de vivre en restant alertes et éveillés d’instants en instant, ils en viennent alors à se rendre compte qu’ils étaient endormis lorsqu’ils sont entrés dans tel ou tel endroit, ou lorsqu’ils ont rencontré telle ou telle personne, etc.

Être autoconscients c’est quelque chose de très difficile mais on ne peut parvenir à cet état qu’en apprenant à vivre alertes et vigilants seconde après seconde.

Si nous voulons arriver à l’autoconscience, nous devrons nous connaître nous-mêmes de façon intégrale.

Nous avons tous le Moi, le Moi-même, l’Ego, qu’il nous est nécessaire d’explorer pour nous connaître nous-mêmes et nous rendre autoconscients.

Il est urgent de nous auto-observer, d’analyser et de comprendre chacun de nos défauts.

Il est indispensable de nous étudier nous-mêmes sur le terrain du mental, des émotions, des habitudes, des instincts et du sexe.

Le mental a beaucoup de niveaux, régions ou départements subconscients que nous devons connaître en profondeur au moyen de l’observation, de l’analyse, de la méditation profonde et de la parfaite compréhension intime.

Un défaut peut disparaître de la région intellectuelle et continuer d’exister dans d’autres niveaux inconscients du mental.

La première chose nécessaire c’est de s’éveiller pour comprendre notre propre misère, nullité et douleur. C’est après cela que le Moi commence à mourir d’instant en instant. La mort du Moi psychologique est indispensable.

Il faut que le Moi meure pour que naisse en nous l’Être véritablement conscient. Seul l’Être peut exercer une véritable autorité consciente.

S’éveiller, mourir, naître, voilà les trois phases psychologiques qui nous conduisent à la véritable existence consciente.

Il faut s’éveiller pour mourir et il faut mourir pour naître. Celui qui meurt sans s’être éveillé se convertit en un saint stupide. Celui qui naît sans être mort se transforme en un individu doté d’une double personnalité, l’une très juste et l’autre très perverse.

L’exercice de la véritable autorité ne peut être accompli que par ceux qui possèdent l’Être conscient.

Ceux qui ne possèdent pas encore d’Être conscient, ceux qui ne sont pas encore autoconscients, abusent souvent de leur autorité et causent beaucoup de ravages.

Les maîtres doivent apprendre à commander et les élèves doivent apprendre à obéir.

Ces psychologues qui se prononcent contre l’obéissance sont, en fait, totalement dans l’erreur, parce que personne ne peut commander consciemment si auparavant il n’a pas appris à obéir.

Il faut savoir commander consciemment et il faut savoir obéir consciemment.

 

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